Transport Fever fiche jeu gestion

Transport Fever, successeur de Train Fever, est arrivé en gare. Profitons de la longue correspondance pour jeter un œil au nouveau jeu de gestion ferroviaire d’Urban Games.

Il y a peu de genre aussi caractéristique du PC que la gestion ferroviaire (et de transport en général). Hélas depuis quelques années c’est un genre quelque peu en désuétude, dont l’un des seuls représentants est OpenTTD, un clone libre du vénérable Transport Tycoon Deluxe. En 2014 les Suisses d’Urban Games ont sorti Train Fever, une vision plus moderne de la recette Transport Tycoon. Pour les plus jeunes d’entre vous, n’ayant jamais eu la joie de faire des réseaux ferroviaires fous et totalement stupides, laissez-moi vous raconter le concept d’un Transport Tycoon : une (grande) carte, plusieurs villes, des industries. Votre boulot sera de relier tout ça via un réseau robuste (ou pas). Évidemment le plus simple sera de conduire les passagers d’un point A à un point B, mais le plus rentable sera de bâtir un réseau entre les industries, via toute une chaîne de production (par exemple : pétrole brut, pétrole raffiné, plastique, biens de consommation, consommateur), puis d’amener le produit fini aux villes. Eh bien Transport Fever propose exactement ça, rajoutant aux trains tous les autres modes de transport de l’univers : routier, bateau, avion. Le train est en gare, il ne part pas avant 20 minutes, pile le temps pour vous dire tout le bien que je pense de ce jeu.

Pourquoi ça roule ?

Transport Fever test

Les cartes sont générées aléatoirement

Transport Fever propose deux campagnes : une européenne et une américaine. Ceci n’est pas leur histoire. Car dans les jeux de gestion les campagnes ne sont que des camisoles vous retenant de faire les trucs les plus rigolos, et que le mode sans fin est tout de même beaucoup plus drôle. Donc vous voilà largué sur une carte, assez impressionnante de par sa taille. Maintenant vous n’avez plus qu’à commencer votre aventure ferroviaire, et devenir un magnat des chemins de fer. Évidemment vous êtes en 1850, les trains se traînent, et sur la route les chevaux sont encore les rois. Plus pour longtemps. Premier constat : sans être une claque visuelle, le jeu est propre. Les modèles des véhicules sont détaillés, beaucoup d’amour a visiblement été mis dans les locomotives et leurs wagons. Il y a un fort risque de perdre un petit peu de temps à regarder vos trains avancer le long des voies, enfin si vous êtes comme moi et que rien ne vous rend plus aise qu’une belle locomotive fonçant à pleine vapeur sur les rails.

Transport Tycoon étant vieux comme le monde, le moteur était basé sur une grille et vos voies ne pouvaient que difficilement faire de belles courbes et autres aiguillages glorieux. Transport Fever se veut moderne, et ça passe en grande partie par son moteur. Si visuellement il est tout de même un peu désuet, c’est au niveau de la

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Le moteur permet plein de folies

souplesse de construction que le jeu frappe. Il vous permet énormément de folies : longues courbes, intersections complètement idiotes (et dangereuses, enfin si les accidents étaient gérés par le jeu), gares immenses… Votre réseau grandira organiquement au fil des années, et arrivées les années 2000, vous dézoomerez d’aise en regardant votre empire ferroviaire se déployer dans toute sa splendeur avec vos petits trains se croisant. Comme toujours dans les jeux de gestion, le plus satisfaisant c’est quand tout fonctionne parfaitement, que l’argent rentre à flot, et que votre seul et unique objectif immédiat est de vous poser cinq minutes pour regarder votre œuvre (avant de vous rendre compte que : «Zut quand même j’ai assez de pognon, faisons une voie de TGV reliant deux villes random, voir si ça marche »).

Mais pourquoi ça déraille ?

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Les véhicules sont plutôt détaillés

Mais tout n’est pas rose dans Transport Fever. Par exemple, si les modèles des véhicules sont fort jolis, beaucoup moins d’amour a été mis dans le reste. Les textures du paysage ne sont pas folles, et vous remarquerez vite que les bâtiments ont tendance à se répéter, d’autant qu’eux aussi sont plutôt grossiers (sans être moches). Et d’ailleurs le jeu ne tourne pas tout à fait parfaitement. On constate très vite de gros ralentissements, généralement lors des constructions. Rien de réellement préjudiciable, mais il reste préférable de mettre votre partie en pause lorsque vous décidez de construire des choses. Et à propos de la construction : si le moteur permet à peu près tout ce que vous voulez au niveau conception, il est également passé maître dans l’art de vous rendre fou. La faute à un magnétisme extrêmement agaçant, qui a tendance à se mettre là où ça ne vous arrange pas, vous permettant de rager en toute quiétude. Sans oublier que le jeu ne vous expliquera jamais des bases de la construction ferroviaire, et que vos premières parties seront faites d’erreurs pouvant vous coûter cher (par exemple : ne mettez pas un signal après un aiguillage, c’est le meilleur moyen de paralyser tout votre réseau, en particulier si de nombreux trains circulent).

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Le reste l’est moins

L’autre défaut rageant se trouve dans l’interface. Non seulement elle est assez obscure, mais en plus elle ne vous donne pas assez d’informations pour identifier les problèmes de votre réseau. Par exemple vous savez qu’une ligne n’est pas rentable, mais vous n’avez presque aucun moyen de savoir pourquoi. En gros l’interface se limite à votre compte en banque, la liste des lignes, et basta. C’est tout de même peu. Notons également un manque de notifications, en particulier en cas de problèmes. Par exemple si vos trains se retrouvent paralysés à cause d’une intersection idiote vous ne vous en rendrez compte que lorsque vous noterez que votre compte en banque saigne. Il vaut donc mieux passer son temps dézoomé pour voir si vos trains roulent. Si la simulation tourne plutôt pas mal,  il manque quand même des choses. Par exemple les accidents ne sont pas gérés. Vous pourrez faire toutes les intersections les plus dangereuses de l’univers, jamais vos trains ne dérailleront, ou se percuteront. Durant ma partie je n’ai eu aucune panne mécanique, mais il faut dire que je prenais soin de remplacer mes véhicules obsolètes dès que possible. Vu qu’ils ont une durée de vie limitée, je suppose qu’ils peuvent tomber en panne. Les plus fins parmi vous auront noté que je n’évoque pas les autres véhicules. Déjà bravo d’avoir lu jusque ici après l’intro. Quant aux avions et autre camions si je ne les ai pas évoqué c’est pour la bonne et simple raison que leur présence est tout de même assez anecdotique, et absolument pas le coeur du jeu. Tout juste les bus vous serviront à arrondir les fins de mois en faisant des réseaux dans les villes pour amener un maximum de voyageurs dans vos gares. Secondaire, et pas franchement le plus passionnant dans le jeu.

Léa passion gestion

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Vous aimez les tableaux de compte ?

Mais malgré tout Transport Fever saura combler les attentes des fans de gestion. Mais surtout ceux qui regrettent la belle époque de Tycoon, que ce soit Transport/Railroad/Industry. Ce n’est pas le Cities Skylines du genre, mais tout ce qui fait un bon jeu de gestion est présent. Si vous êtes en manque de tableaux Excel et de compte en banque à remplir, ce jeu devrait vous combler. En revanche il ne plaira pas aux personnes rebutées par l’austérité. Le jeu, en plus d’être graphiquement daté, n’a pas la moindre once de second degré ni d’humour. Sans compter qu’il n’est pas particulièrement accessible, le tuto étant risible. À titre d’exemple il m’aura fallu commencer 4 parties avant d’arriver à faire quelque chose, le titre ne vous disant jamais par quoi commencer pour lancer la machine (pro tip : commencez par transporter des passagers, pas des marchandises). Mais quand vos trains commenceront à rouler, et que vous débloquerez de nouvelles locomotives, le plaisir de jeu sera au rendez-vous pour tous ceux qui manquent de Tycoon.

T’es dans le flow

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Poudlard Express/10

Les amateurs d’arcade connaissent le flow. Ce moment où votre conscience se place en arrière, et que vous avez l’impression que c’est votre corps lui-même qui joue, évite les obstacles, et explose le score de la borne. Mais ce flow n’est pas exclusif au genre arcade, et les gens bizarres comme moi ressentent parfois la même chose lorsque ils jouent à un bon jeu de gestion. Et Transport Fever m’a complètement mis dans cet état d’esprit. Lorsque ma partie a finalement décollé, le jeu a réussi à me prendre, totalement, et mon cerveau de gestionnaire un peu maniaque a pris les manettes pour jouer. Les heures sont passées, toutes seules, et je me suis retrouvé en 1990, sans même m’en rendre compte. Sûr, des erreurs m’ont obligé à recharger la partie à une date ultérieure, ou alors parfois le magnétisme de la construction m’a sorti de cet état de flottement, mais finalement Transport Fever a réussi à me saisir. Et rien que pour ça, je dis chapeau.


En bref Transport Fever n’est pas un jeu parfait. Mais c’est un jeu de gestion robuste qui devrait plaire à cette frange des joueurs dont la passion principale est de gagner le plus d’argent possible le plus rapidement. Évidemment certains défauts sont assez préjudiciables pour un titre qui se veut réaliste : pas d’accident, pas assez d’informations pour prendre des décisions lors de son développement, et un système de construction rageant (ils auraient clairement dû regarder du côté de Cities Skylines pour cet aspect). Mais au final il comblera tous les amateurs de Transport Tycoon, et son aspect quelque peu désuet a son charme. Puis on peut faire le Poudlard Express, alors je ne peux pas vraiment lui en vouloir.

Transport Fever a été testé sur PC (AMD FX6300, GTX 1060, 8go de RAM), copie fournie par l’éditeur

Transport Fever fiche jeu gestion

Transport Fever

Les plus
  • Les véhicules sont bien modélisés
  • Le moteur de construction est sympathique
  • Un Tycoon à l'ancienne
  • On peut faire le Poudlard Express
Les moins
  • Le reste des modèles sont moyens
  • Le magnétisme est épuisant
  • Une interface confuse et faiblarde
  • Des problèmes de performances
  • De longs chargements
7 10