Première grosse production pour le studio Supermassive Games, Until Dawn a la lourde tâche de rompre avec la platitude estivale et de lancer le grand bal de la rentrée. Et quand huit amis se retrouvent aux prises avec un psychopathe dans un chalet perdu en pleine montagne, les vacances prennent un air de slasher movie.

Blackwood Pines, un an après le drame. Drôle d’anniversaire que viennent fêter Josh, Sam, Rick, Ashley, Emily, Matt, Mike et Jess. L’année dernière au même endroit, Hannah et Beth, les soeurs de Josh, mourraient dans des circonstances dramatiques après que leurs amis leur aient fait une mauvaise blague. Les plaies sont à peine cicatrisées et la douleur sporadique. Et pourtant, le cauchemar sera encore une fois au rendez-vous. Alors que leurs valises jonchent toujours le plancher du salon, nos amis se retrouvent pris en chasse par un dangereux psychopathe qui va rapidement réussir à clairsemer les rangs.

Butterflies, butterflies everywhere

On vous le dit dès le départ, dans Until Dawn, tout est question d’effet papillon. Mais si, vous savez, la fameuse expression « Un simple battement d’ailes d’un papillon peut déclencher un ouragan à l’autre bout du monde ». Les choix ont des conséquences. On commence à en avoir l’habitude dans le jeu vidéo. De plus en plus de softs permettent d’influencer l’histoire en proposant au joueur de s’impliquer et de décider de la suite. Peu, en revanche, anglent totalement leur concept sur cette feature.

Until Dawn vous proposera souvent un choix entre deux possibilités

Until Dawn vous proposera souvent un choix entre deux possibilités

L’ambition de Supermassive Games est telle que vos choix influencent l’histoire au point que vous pouvez très bien terminer l’aventure avec de maigres pertes, tout comme vous pouvez voir vos personnages tous rayés de la carte. Une liberté d’action qui se ressent particulièrement bien en jeu. Jamais, comme dans certaines productions Telltale Games par exemple, vous n’avez l’impression que votre choix n’a pas d’importance. Qu’il s’agit d’une illusion de choix. Tout est fait pour rendre le joueur indispensable à la survie des protagonistes. Vous en viendrez même à développer une certaine psychose, à vous dire que vous pouvez peut-être déjouer ce qu’Until Dawn attend de vous. Il n’en est rien. Jamais régis par une quelconque espèce de logique, les choix cornéliens que vous posera le jeu ne sont que très rarement prévisibles. Cependant, il existe une feature essentielle qui, elle, vous permet de jouer à changer le cours des choses. Du moins à essayer.

Until Dawn met à votre disposition un sauf-conduit. Une espèce d’échappatoire vaguement déguisée en espoir. Les totems. Leur présence justifiée par le passé tribal des lieux, ceux-ci vous permettent d’entrevoir brièvement une scène à venir. Répartis en 5 catégories (Chance, Perte, Mort, Danger, Conseil), ces augures vous teasent en quelque sorte ce qui s’apprête à vous arriver. Le hic, c’est que ceux-ci sont plus ou moins bien dissimulés dans les environnements du jeu, et qu’il est parfois très facile de passer à côté. Un ajout qui propose d’ajouter une petite dose de tension à un scénario baignant tout entier dans des poncifs de genre. L’occasion est d’ailleurs bonne pour aborder un point capital : la jouabilité.

Mettant à son service toute la panoplie de fonctionnalités de la Dualshock 4, Until Dawn vous permet de jouer en vous servant du gyroscope intégré à la manette pour diriger le regard de vos protagonistes. Une idée plaisante en soi, mais qui se révèle être assez difficile à prendre en main. Si rebutante d’ailleurs que je lui ai souvent préféré les commandes plus classiques à base de sticks directionnels. Parce que Until Dawn, c’est avant tout une aventure narrative. Personne n’y jouera pour sa prise en main. L’absence de réel gameplay déplaira assurément à tous les détracteurs des « films interactifs » comme on les appelle. Ayant une réelle appétance pour le genre, j’avoue que cela ne m’a pas déplu. J’y ai retrouvé quelques références (assumées) à Heavy Rain. Mais globalement, le titre vous propose de parcourir différents environnements en vue à la troisième personne, tout en proposant selon les cas des plans de caméra plus ou moins fixes. Créant assurément un certain dynamisme dans l’aventure, il vous faudra composer avec des phases plus scriptées où vous ne devrez qu’appuyer sur une touche au bon moment pour effectuer une action (saut, éviter un obstacle, grimper, etc.)

Un manque d’inspiration sous forme d’hommage

Aborder le point de l’écriture est une étape assez délicate. Le jeu s’inspire allègrement d’un certain cinéma d’horreur que l’on reconnait rarement pour ses qualités scénaristiques. Nous parlons évidemment là des slasher movies qui ont fait les grandes heures de la fin du siècle dernier. Ce sont en pagaille Scream, Souviens-toi l’été dernier, Saw et j’en passe qui sont cités avec beaucoup de respect dans le jeu de Supermassive Games. Si l’on ne peut vraiment s’attarder sur la qualité de l’histoire d’Until Dawn, il faut lui reconnaître une propension à l’hommage assez louable. Les codes sont respectés et les habitués ne s’y perdront pas. Mais voilà qui soulève une épineuse question. Until Dawn, ça fait peur ?

Oui et non. Il faut savoir que contrairement à des jeux plus inspirés, Until Dawn ne choisit pas de nous plonger dans une horreur psychologique malsaine et déstabilisante. Until Dawn opte pour une surenchère de jumpscares plus ou moins bien sentis qui s’offrent tels des ascenseurs émotionnels. Certains sont bien amenés, d’autres font pâle figure tant ils sont mal intégrés. Découle de cette surabondance une tension peu présente. On parvient au bout de quelques heures à se sentir malgré tout à l’aise dans Blackwood Pines; presque en sécurité. C’est assurément une tare pour un jeu qui se veut horrifique. Loin de moi l’idée de dénigrer les ambitions effrayantes du jeu de Supermassive Games, d’autant que si je peux me permettre, je suis très loin d’être un amateur de films d’horreur. De fait, c’est avec appréhension que je me suis lancé dans l’aventure. Rassuré mais en même temps déçu, un « finalement, ça va » s’est rapidement échappé de ma bouche. Enfin la peur étant quelque chose de très personnel, il est évident que chaque joueur appréhendera cet aspect du jeu d’une façon différente.

Il faut cependant signaler le grand soin accordé par Supermassive Games à la partie graphique et qui participe forcément à l’immersion. Utilisant une déclinaison du moteur de Killzone Shadow Fall, Until Dawn vous proposera des jeux de lumière et des visages au réalisme très poussés. Chaque personnage étant moulé sur l’acteur ayant réalisé la motion capture, le studio renforce par ce procédé l’aspect film interactif de son soft. On pourra par ailleurs saluer, contrairement au cinéma duquel il s’inspire, des personnalités un brin moins caricaturales.

La grande liberté accordée au joueur dans ses choix offre au jeu de Supermassive Games une certaine rejouabilité, ce qui est bienvenu. D’autant que le jeu a un potentiel multijoueur tacite et malgré tout assez prononcé. En effet, il semble que, tout comme les slashers des années 90, Until Dawn soit plus fun à plusieurs. Le fait que le jeu soit divisé en plusieurs binômes convient parfaitement à un passage de manette convivial lors d’une soirée entre amis. Ne vous méprenez pas, le jeu ne contient aucune feature multijoueur au sens propre. Il n’y a qu’un joueur, qu’une seule manette. Néanmoins la construction narrative du soft autorise de nombreuses digressions quant à la façon d’y jouer.


Until Dawn est un film interactif, et ne s’en cache pas. Dans la grande lignée des jeux Quantic Dream (Heavy Rain, Beyond : Two Souls), Supermassive reprend le flambeau du genre sur PS4 et propose une expérience plaisante qui marquera potentiellement les joueurs. Mais si on ne joue pas à Until Dawn pour sa prise en main, que l’on n’y trouvera qu’un scénario vu et revu mille fois et que l’optimisation générale reste à revoir, pourquoi y jouerait-on ? Le fait est que malgré tout, Until Dawn propose quelque chose d’assez unique en son genre. Déjà vu au cinéma, l’expérience que met Supermassive Games entre nos mains reste novatrice sur une console de salon. Le soin apporté à la feature de « l’effet papillon » offre au titre une rejouabilité toute à fait correcte, alors qu’il jouit déjà d’une durée de vie convenable. Enfin, si l’on joue à Until Dawn, c’est surtout pour son hommage aux slasher movies. S’adressant clairement à un public né à l’orée des années 90, Until Dawn vous rappellera des sensations uniques. Une plongée dans le passée, une incursion dans ces salles de cinéma bruyantes où, entre amis, on se moque du destin de ces protagonistes idiots qui se font charcuter à l’écran par un psychopathe. Une madeleine de Proust. Trempée dans un bol de sang.

 

Until Dawn

Until Dawn

Les plus
  • L'hommage aux Slasher movies des années 90
  • Le grand soin apporté aux visages
  • Une utilisation poussée de la DualShock 4
  • Choix cornéliens
  • Bonne durée de vie (environ 7 heures)
  • Grande rejouabilité
  • Fun à plusieurs
  • Bons doublages...
Les moins
  • Un scénario prévisible
  • Une surabondance de jumpscares qui nuisent à la tension
  • Nombreuses chutes de framerate dans les environnements extérieurs
  • Quelques soucis de mixage audio
  • ... Mais une synchronisation labiale à la ramasse en V.F
7.5 10