virginia test critique ps4

Virginia a été testé sur une version PS4 fournie par l’éditeur

« Créer Virginia a été une expérience étrange et déconcertante. Nous espérons que tous ces efforts ont donné lieu à un jeu étrange et déconcertant ». C’est par ces quelques mots évocateurs que les développeurs de Variable State ont tenu à conclure leur note d’intention, mise en évidence sur l’écran principal du jeu qui nous intéresse aujourd’hui. Des adjectifs qui pourraient rebuter l’habitué des productions titanesques de grands studios, mais de véritables invitations pour le joueur captivé par les expérimentations narratives de la scène indépendante.

Virginia est sorti de nulle part. C’est peu de le dire. Découvert inopinément à la faveur d’un communiqué de presse envoyé au moment où, entre No Man’s Sky et Deus Ex: Mankind Divided, la presse n’avait plus rien à dire, le premier jeu de Variable State s’est offert une petite hype méritée. Pour cause : en plus de titiller notre curiosité par un support de communication plein de promesses et de bonnes références, le studio nous invitait à essayer le jeu via une démo gratuite distribuée sur Steam. 15 minutes pour plaire. Mission accomplie, comme en témoigne mon article d’alors.

Pourtant, Virginia brise le coeur. Tout d’abord car l’émerveillement devant son concept ne perdure pas, et que le studio — sous couvert de très bonnes intentions — en fait beaucoup trop, créant ainsi d’infranchissables barrières pour le tout-venant. Explications.


Virginia – Trailer de lancement par CooldownTV

Black lodge

virginia test ps4Tout s’entame devant un miroir. Ce reflet de votre identité qui deviendra, vous le comprendrez assez vite, une obsession dans Virginia. Après tout, d’autres ont connu un destin pas dégueu en démarrant sur un pêché de narcissisme (Silent Hill 2 notamment). Anne Tarver, votre personnage, est une jeune diplômée du FBI qui s’apprête à recevoir son insigne. Acclamée par ses pairs lors d’une cérémonie au comble de la solennité, un flash. La salle est vide ; un vieux magnétophone diffuse un bruit sourd et répétitif.

Cette seule séquence vous donne déjà un bon aperçu de l’atmosphère générale du jeu, où se mêlent allègrement références cinématographiques costaudes (Twin Peaks et X-Files sont cités jusque sur le site du développeur) et imagination habile. Officiellement, votre quête vous emmènera sur les traces du jeune Lucas Fairfax, disparu depuis plusieurs jours dans d’étranges circonstances. Mais n’arrêtons pas le concept de Virginia aux frontières du paranormal : le jeu de Variable State repose sur un certain nombre de piliers qui valent le coup d’oeil.

Outre son habillage graphique tout en low poly (imaginez Fragments of Him, mais avec des couleurs vives), c’est davantage pour sa narration qu’il faudra aller s’intéresser à Virginia. Sa particularité ? Le mutisme. Le jeu est totalement exempt de paroles. Mais vous vous en doutez, l’équipe a fait un gros effort pour rendre la gestuelle et le level design des plus parlants. Ce sont des regards, des portes qui s’ouvrent inopinément ou encore un champ de vision volontairement réduit pour guider l’oeil du joueur. Un chemin balisé qui n’en a pas toujours l’air, mais qui jonche de ses détails parfois anecdotiques notre progression.

Un (gros) bémol à cela néanmoins. Virginia souffre — du moins sur la version PS4 — d’une caméra des plus capricieuses, ainsi que d’un framerate complètement aux fraises. La sensibilité par défaut est plutôt élevée, si bien que vous ne vous y ferez jamais vraiment. Une sacrée tare, pour un jeu qui propose pour seule interaction au joueur de chercher le point d’intérêt de son champ de vision afin d’entamer une action.

Le cigare qui fume

Oui, Virginia fait dans le clivant. À la croisée des chemins entre un produit Quantic Dream pour son aspect cinématographique, et un nouveau rejeton du genre en vogue des walking simulator, le jeu de Variable State propose une expérience de gameplay quasi nulle. À part les déplacements et la pression de la touche X pour interagir avec un point d’intérêt, absolument rien ne viendra vous sortir de votre torpeur.

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Les références à Twin Peaks pleuvent

Comme je l’évoquais en préambule, le concept de Virginia était des plus plaisants sur une démo de 15 minutes. Son mutisme, son charme résolument arty qui convoque le cinéma de David Lynch fonctionne… mais pas pendant les 2 heures (grand maximum) que dure le produit final. Même si Lyndon Holland livre ici une prestation musicale de haute volée, prodigieusement arrangée par l’orchestre philharmonique de Prague, l’aventure sonne creux, et l’on finit par s’y ennuyer.

Le plus gros souci de Virginia est qu’il essaie de faire du cinéma d’auteur plutôt que d’être un bon jeu vidéo. On a déjà abordé le gameplay. Mais le scénario ne s’en tire guère mieux. En multipliant les fausses pistes, les retournements de situation et les métaphores inaccessibles, Variable State se goure malheureusement de cible. On en finit même par se demander s’il y a bien une consistance derrière ce maelström de citations ; ce récital de références.

Le jeu a ses fulgurances, notamment lorsque son et image s’accordent pour accompagner cette narration malade découlant d’un montage halluciné. Mais jamais on ne s’émerveille devant les qualités vidéoludiques du jeu. On pourra, ainsi, lui faire exactement les mêmes reproches qu’à Beyond Two Souls ou n’importe quelle production Quantic Dream : il s’agit d’un jeu qui se rêve en long-métrage.

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Les hiboux ne sont pas ce que l’on pense

Difficile d’en vouloir à Variable State pour avoir essayé de s’insérer sur le créneau — désormais saturé — des walking simulator. D’autant que leur jeu ne manque pas d’arguments, sur le papier, pour être classé parmi les meilleurs représentants du genre. En termes de mise en scène et de réalisation, le jeune studio a tout compris. C’est l’exécution qui dérange. La passation aux joueurs.

Malgré ses atours psychédéliques, Virginia est un jeu qui n’ose jamais vraiment. Il reste guindé, tassé dans ses certitudes. Persuadé de livrer une expérience narrative sans précédent, le studio nous livre un jeu vidéo arty, aux limites de l’accessibilité. Si le genre des walking simulator est déjà de niche, Virginia achève de le marginaliser.

Réceptif à ces expériences, je le suis. Vous le savez si vous avez lu mes critiques de Firewatch ou Her Story. Mon objectif ici n’est pas de dresser un procès d’intention à Variable State, qui propose au demeurant une idée scénaristique ambitieuse en pastichant le cinéma expérimental, mais bien de faire ressortir l’évidence : Virginia n’a pour lui que son concept. Concept qui, comme nous l’avons vu, s’avère extrêmement limité sur deux heures de temps.


Virginia – 10 minutes dans le premier chapitre… par CooldownTV


Porté par les vents d’un buzz aussi inattendu que rassurant pour Variable State, Virginia est ce que l’on appelle par défaut un OVNI vidéoludique. Moins parce qu’on ne sait pas le définir que parce qu’il cherche à être autre chose qu’un jeu vidéo. En s’appropriant (avec brio, reconnaissons-le) les codes du cinéma de David Lynch, le studio britannique parvient à faire se dégager une aura de mystère qui vous prend aux tripes tout du long. Mais l’hommage n’excuse pas la paresse. Virginia se contente malheureusement de débiter ses références sans instiller une once de personnalité, outre son concept du mutisme qui — marrant cinq minutes — s’étale difficilement sur deux heures de jeu. Une durée de vie que, d’ailleurs, nous ne critiquerons pas. Après tout, ça fait déjà un bon film, 120 minutes.

virginia

Virginia

Les plus
  • Son concept intéressant et assumé...
  • Sa bande originale chargée émotionnellement...
  • Un bel hommage aux références citées...
Les moins
  • ... qui a bien du mal à s'étirer sur 2 heures
  • ... qui n'efface pourtant pas la solitude qui nous écrase et un sound design mal pensé
  • ... mais qui cherche à trop en faire
  • Résolument inaccessible
5 10