Yakuza Kiwami

Souvent considéré, plus à tort qu’à raison, comme la réponse japonaise à la célèbre série Gran Theft Auto, Yakuza ne mit que peu de temps à devenir l’une des égéries principales de SEGA, au même titre que Sonic. Il faut dire que la licence de la Team Yakuza démarrait sur les chapeaux de roues sur PlayStation 2, avec un opus totalement inattendu pourvu d’un scénario captivant, d’un casting impressionnant, et d’un concept accrocheur. Le tout dans un quartier de Tokyo fort réussi pour l’époque. Dix ans plus tard, la firme nippone nous gratifie d’un remake de ce premier volet, nommé Yakuza Kiwami, qui promet bien plus qu’un simple lifting visuel.

Avec le déluge de remasters en tous genres qui déferle sur la planète jeu vidéo depuis quelques années, comment ne pas être méfiant à l’arrivée de Yakuza Kiwami ? Pourtant, ne vous y trompez pas, cette exclusivité PlayStation 4 parue le 29 août en Europe n’aura, pour une fois, pas volé son titre de remake. Tout a été refait de A à Z, de sorte que cet opus n’ait rien en commun avec les trop nombreux portages vaguement liftés qui polluent l’industrie vidéoludique actuelle. Laissez moi vous en dire plus.

Nouveau look pour une nouvelle vie

Yakuza Kiwami

Retrouver Goro Majima est un vrai plaisir, d’autant qu’il est encore plus dingue que par le passé

Ces dernières années, le terme remake est utilisé un peu à tort et à travers dans l’industrie du jeu vidéo. Il faut dire que ressortir les vieux classiques pour les remettre aux goût du jour est devenu une véritable mode, par laquelle passent quasiment tout le monde, parfois même les indépendants. Pourtant, en y regardant de plus près, il faut encore faire une distinction entre remake et remaster, l’un étant une refonte totale du jeu d’origine, tandis que l’autre n’en est qu’un vulgaire lifting graphique. L’un est évidemment plus coûteux que l’autre, le travail à effectuer n’étant pas le même. Et force est de constater que développeurs comme éditeurs semblent le plus souvent préférer la facilité, ne planchant finalement que trop sur de banales éditions remasterisées de leurs gros succès passés, qu’ils nommeront à tort : remakes. Si j’étais mauvaise langue, je parlerais d’argent facile, m’voyez ?! Une imposture qui dure depuis un moment, ne semblant choquer personne, ou du moins pas grand monde, et qui en pousse certains à se méfier sans distinction de ces « remakes ». C’est, par exemple, mon cas.

Yakuza Kiwami

Comme toujours il y a un gros délire avec les femmes et la nudité

Alors évidemment, à l’approche de Yakuza Kiwami, présenté comme un remake du premier épisode de la série de SEGA, je ne pouvais qu’être dubitatif, une fois de plus. Pourtant, à ma grande surprise, le résultat est loin de s’apparenter à une simple mise à jour visuelle du jeu d’origine. On est loin de ce que propose Capcom, notamment, avec sa multitude de remasters dégueulasses de la série Resident Evil. En effet, ceux qui auront fait l’édition PlayStation 2 le verront d’emblée : la ville dispose peut-être de la même carte, elle est pourtant loin de ce qu’elle a été. Et c’est bien sûr pour le mieux, car le travail réalisé sur les graphismes s’avère particulièrement convaincant, mais aussi parce qu’elle se révèle beaucoup plus vivante que par le passé. De jour comme de nuit, en dépit de quelques aspects encore un peu austères (par exemple les badauds qui pullulent dans ses rues, ou certains objets comme les distributeurs de boisson), le quartier de Kamurocho est tout simplement magnifique. À l’exception de quelques rares bâtiments très ternes, mais ne chipotons pas.

Dommage du peu, en un sens, car il est vrai que la map paraît un peu restreinte désormais. Enfin il faut dire ce qui est : Yakuza ce n’est pas du GTA, donc pas besoin de monde ouvert. D’autant qu’il faut bien le reconnaître, malgré sa taille relativement limitée, le quartier de Kamurocho a tout de même beaucoup à offrir, que ce soit en terme d’activités différentes, de commerces, de quêtes annexes ou même de PNJ. À coté de ça, Yakuza Kiwami a été retravaillé de fond en comble, à commencer par ses modèles de personnages, franchement jolis, bien que les animations faciales soient encore pas mal rigides. Idem coté animations en combat, même si, pour le coup, on s’en rendra beaucoup moins compte, grâce à un dynamisme fortement accru. Enfin reste l’un des aspects les plus impressionnants : la bande sonore. Cette dernière était déjà fort sympathique dans l’opus original, et ici tout a été retravaillé, à commencer par les dialogues, qui ont été entièrement réenregistrés par les acteurs japonais originaux. Et autant être honnête, le résultat aurait difficilement pu être meilleur, d’autant qu’il sublime le caractère bien trempé des personnages principaux, notamment le génial Majima.

Touffu et complet

Yakuza Kiwami

De jour comme de nuit, la ville a vraiment de la gueule

Pour ceux qui ne connaissent pas, Yakuza est un savant mélange de polar asiatique, d’histoire de mafia japonaise (avec toute la violence et le rapport à l’honneur que cela implique), et de baston. Le tout ponctué d’une bonne petite dose de WTF propre à la culture nippone, notamment du coté des activités annexes (comment ne pas citer le nouveau jeu de carte MesuKing, avec ses demoiselles fort peu vêtues déguisées en insectes), ou de certains personnages… comme Majima par exemple. Un grand malade que vous serez amenés à rencontrer un bon paquet de fois, lors de séquences qui se termineront toujours pas un combat intéressant, vous faisant gagner de nouvelles aptitudes. Enfin, nouvelles n’est peut-être pas le mot juste. En effet, Kiryu, le protagoniste, sera vite envoyé en prison suite au meurtre d’une figure importante de la mafia implantée à Kamurocho… et perdra l’intégralité de ses capacités durant ses dix longues années de captivité. Un pitch de départ pour le moins insolite, qui met un certain temps pour se mettre en place, mais qui a le mérite de nous plonger en douceur dans cet univers particulièrement riche et touffu.

Yakuza Kiwami

Dommage que les animations faciales soient aussi rustiques

Avec Yakuza Kiwami, cette histoire fort intéressante est sublimée par une mise en scène légèrement retravaillée, du coté des dialogues ou bien des cinématiques, et par les doublages japonais réenregistrés. Dommage que, malgré les dix années qui le sépare de son modèle, ce remake n’ait toutefois pas été traduit de l’anglais, une nouvelle fois. Un problème récurrent dans la saga de la Team Yakuza et de SEGA, qui ne l’aide malheureusement pas à se rendre accessible, au même titre que son système de combat exigeant. Parce que, contrairement à certains titres comme la série des Tales of (où les dialogues et le vocabulaire sont assez simplets), Yakuza ne lésine pas sur les mots et les tournures de phrases complexes. De quoi perdre une bonne partie des joueurs, hormis ceux qui auront un très bon niveau dans la langue de Shakespeare ; d’autant que bon nombre de conversations seront dénuées de pause, et ne prendront jamais la peine d’attendre les retardataires. Idem, le fossé culturel entre l’Occident et le Japon pourra poser quelques problèmes de compréhension aux non initiés à certaines occasions. En somme, pour profiter au mieux de ce remake, il vous faudra exceller en anglais, et avoir quelques connaissances des coutumes nippones, rien que ça.

Yakuza Kiwami

Les quêtes annexes nous tombent dessus sans trop qu’on s’en rende compte

En dehors de son scénario principal, qui vous tiendra en haleine un très long moment et gagnera en amplitude au fil de sa progression, le titre dispose d’un grand nombre de petites histoires annexes. Ces dernières sont souvent l’occasion de se battre et de récupérer de l’argent, mais pas seulement. Il faudra même, parfois, faire preuve de discernement pour déceler les coups fourrés tendus par certains personnages, qui auront tendance à vouloir vous faire les poches très régulièrement. Si quelques uns de ces petits morceaux d’histoire seront là juste pour gonfler la durée de vie de façon artificielle (ce qui n’est finalement pas si dérangeant que ça étant donné la justesse du propos), une bonne partie d’entre elles se révélera toutefois plutôt intéressante, notamment parce qu’il y sera possible de faire ses propres choix. À noter que, contrairement à beaucoup d’autres jeux vidéo, dans Yakuza Kiwami pas mal de ces quêtes annexes vous tomberont dessus sans que vous ayez besoin de parler à qui que ce soit, principalement à partir du chapitre 5, qui marquera aussi l’arrivée d’un grand nombre de caïds dans les rues, près à en découdre dès que vous passerez à proximité.

De la castagne sous les fleurs de cerisier

Yakuza Kiwami

Les activités sont aussi diverses qu’étranges

Enfin, outre son histoire et son contenu forts riches et intéressants, Yakuza Kiwami c’est aussi une grosse part de baston. Partons du principe que vous ne connaissez pas la série, l’explication du système de combat n’en sera que plus aisée. Pour commencer, oubliez toute image provenant d’un jeu de baston actuel, car Yakuza ne s’en inspire guère, ou du moins très peu. Si vous deviez chercher une quelconque ressemblance avec un autre jeu, alors il vous faudrait piocher dans le Beat’em’all, et dans de vieux classiques de SEGA, notamment Virtua Fighter. Un nom qui ne vous dit peut-être rien, ou pas grand chose, et c’est tout à fait normal puisque la série traverse un désert sans fin depuis le quatrième épisode sorti dans les débuts de la Xbox 360. Une série que je suis le premier à regretter, au passage. Pour faire simple, les combats se déroulent dans un environnement en trois dimensions, il vous sera possible de tourner (et même de courir) autour de vos adversaires (souvent nombreux), et de prime abord la finesse des affrontements ne saute clairement pas aux yeux. D’où la ressemblance avec certains Beat’em’all.

Yakuza Kiwami

Quatre styles de combat, quatre façons de leur casser les genoux sans limite !

Mais ne vous y trompez surtout pas, ce n’est pas parce que les débuts du jeu ne vous incitent pas à vous servir de toutes les possibilités offertes (parade et esquive notamment) que Yakuza Kiwami est dénué de fond dans ses affrontements. Le système de combat est même particulièrement riche et complexe, le tout en restant relativement accessible (en un sens) puisque les déplacements et les premières attaques sont aisées à prendre en main. Le truc, c’est que l’on a vite fait de tomber sur des adversaires contre lesquels il ne suffira plus de taper sans discontinuer jusqu’à ce que KO s’en suive, et il faudra vite apprendre (parfois à ses dépends) à éviter certaines attaques, ou à en contrer d’autres. Idem, une fois bien lancé dans le système de compétences très vaste et complet, il faudra apprendre un bon paquet d’enchaînements et de coups spéciaux, ce qui peut vite s’avérer compliqué. En somme, comme dans chacun des épisodes passés, ici la progression nous poussera lentement mais sûrement dans la direction d’un jeu de baston réfléchi et technique.

Pour nous aider à combattre les différents types d’ennemis que l’on rencontrera, nous aurons droit à quatre styles de combat. Rapidité, puissance, technicité, ou bien équilibre entre tout cela… il faudra vite apprendre à quel type d’adversaire convient chaque style, ce qui ne sera pas chose aisée. Enfin, reste la fameuse possibilité d’utiliser des objets, faisant là encore écho aux inspirations Beat’em’all de la série. Si l’on pourra s’équiper de diverses babioles (armement ou équipement), il sera aussi possible (et conseillé) de ramasser de quoi se défendre dans la rue. Vélo, panneau d’affichage, poubelle… J’en passe et de bien meilleurs ! Fort utile, il faut le reconnaître, puisque taper avec un objet fera souvent plus mal que vos poings, évidemment. La cerise sur le gâteau étant que les affrontements, déjà particulièrement jouissifs jusqu’ici, le deviennent encore plus.

Pour qui ?

Pour les anglophones qui ont une culture nippone : C’est bien là le plus gros défaut de Yakuza Kiwami, il n’est pas accessible et il faudra des connaissances en anglais, voire une affinité avec la culture japonaise, pour pouvoir l’apprécier (voire simplement pour y jouer).

Pour les amoureux de la culture japonaise : Sur ce point, Yakuza rejoint Shenmue, puisque la série regorge de références à la culture japonaise contemporaine (et pas seulement), et offre une vision très fidèle de l’esprit très particulier de ce pays isolé.

Pour ceux qui n’ont pas froid aux yeux : Yakuza Kiwami n’est pas seulement difficile d’accès en raison de son absence de traduction, le titre de SEGA l’est aussi du coté de son gameplay. Le système de combat paraît peut-être superficiel au premier regard, il ne manque pourtant pas de complexité.


 

Que peut-on bien reprocher à Yakuza Kiwami ? Eh bien, en réalité, pas grand chose, puisqu’il s’agit d’un excellent remake, et bien sûr d’un très bon jeu vidéo. Pourvu d’une histoire captivante et d’un contenu fort riche, le titre a de quoi vous tenir éveillé un très long moment. Idem, son système de combat complexe ne pourra que ravir les amateurs du genre, bien que sa technicité pourra rebuter quelques joueurs manquant de patience. Le hic, et il est de taille, c’est qu’une fois encore SEGA n’a pas cru bon de le traduire en français. Et si cela passe sur certains titres plus accessibles, chez Yakuza c’est toujours une autre histoire, puisque la série ne fait pas de cadeau aux anglophobes. Il vous faudra donc disposer d’un niveau d’anglais plutôt élevé pour pouvoir profiter de cette aventure captivante, ce qui n’est évidemment pas donné à tout le monde. Ce remake aurait donc mérité d’être traduit, puisqu’une fois encore, il s’adressera malheureusement à un public assez restreint. Si vous correspondez à la description cependant, je ne peux que vous conseiller vivement de vous y intéresser.

 

Test réalisé grâce à une version du jeu fournie par l’éditeur.

Yakuza Kiwami

Yakuza Kiwami

Les plus
  • Un scénario excellent...
  • Le contenu énorme
  • Un système de combat exigeant
  • Des affrontements jouissifs
  • Le grand nombre d'activités
  • L'exemple parfait du remake réussi
Les moins
  • ... mais aucune traduction depuis l'anglais
  • Quelques petits problèmes graphiques
8 10