Il aura pris son temps, mais le portage de ZombiU vers la PlayStation 4, Xbox One et le PC n’était finalement qu’une question de patience. Avec un jeu très orienté hardcore gamer et probablement poussé par l’envie de rentabiliser ses coûts de développement, Ubisoft a finalement cédé au chant des sirènes. La Wii U perd donc une de ses exclusivités et voilà que ZombiU débarque sur console de salon et PC en perdant une voyelle au passage pour devenir simplement Zombi. Malheureusement comme on pouvait s’y attendre, en quittant son support natif le survival-horror de Straight Right a perdu bien plus qu’une lettre. Explications !
ZOMBI_20150822093912

Alone in the dark

Zombi place donc le joueur dans la peau d’un survivant dans un Londres dévasté par une épidémie qui a transformé une grande majorité de la population en mort-vivants. Schéma classique avec des rues désertées, saccagées dans lesquelles les seuls rencontres seront ces mangeurs de cerveaux qu’il faudra fuir à tout prix. Le début du jeu met d’ailleurs directement dans l’ambiance avec notre personnage qui se retrouve poursuivi par une horde et qui tente de rejoindre un abri, guidé par la voix d’un mystérieux inconnu se faisant appeler le Survivant. Si Zombi se présente en vue à la première personne, on est bien en présence d’un survival-horror. L’ambiance se veut soignée avec des grands moments de silence laissant place aux seuls bruits de nos pas, des gémissements en arrière plan qui donnent envie de se retourner sans arrêt et des sursauts de temps à autre. On apprécie notamment d’entendre le souffle de notre personnage qui traduit parfaitement sa peur et son stress en fonction des situations. Un vrai plaisir qui renforce indubitablement l’immersion du joueur. Dommage en revanche qu’en dépit du surplus de puissance des nouvelles plateformes supportées en comparaison de celle de la Wii U, ce portage se montre particulièrement paresseux en ce qui concerne son aspect technique. Si on pouvait comprendre un tel niveau sur la console de Nintendo (nouveau hardware et puissance pas forcément époustouflante) on a bien du mal à accepter que sur PlayStation 4, Xbox One et PC, le jeu ne soit pas plus joli que ça.

On pourrait même se montrer un peu plus critique en disant ouvertement que pour un jeu de 2015 c’est franchement moche. Les textures sont d’une pauvreté affligeante, les effets de fumée pathétiques au possible et les éclairages pas franchement au niveau de ce qu’on est en droit d’attendre pour un jeu récent. Les baisses de frame rate régulières dès qu’il se passe un peu d’action à l’écran finissent de confirmer ce que l’on pensait depuis le début: le portage a été fait à la va vite, sans aucune optimisation particulière et sans même proposer la moindre refonte graphique comme on aurait pu l’espérer. En bref, le portrait typique d’une licence à rentabiliser à moindres coûts. Pour ce qui est du gameplay, Zombi se présente comme un véritable Die and Retry. Le scénario nous emmènera à travers différents lieux dans ce Londres dévasté pour des raisons assez obscures. Il faut dire que le scénario est plutôt bas du plafond et que son écriture comme son rythme ne sont pas franchement emballant. On a plutôt tendance à avancer sans trop réfléchir parce qu’on nous le demande sans vraiment se poser de question, même s’il faut bien reconnaître que certaines missions sont franchement sympathiques (le passage dans la crèche est un vrai bonheur). Quoiqu’il en soit il faut donc remplir les quêtes qui nous sont assignées pour faire avancer l’intrigue. Il faudra généralement se rendre à un endroit précis afin de ramasser un objet ou de débloquer un mécanisme nous permettant d’aller plus loin à la mission suivante. On arpente donc les rues de Londres, ainsi que les sous sols en débloquant des raccourcis afin de pouvoir retourner à l’abris le plus rapidement possible. Ces chemins de traverses permettent évidemment de revenir rapidement où on en était sans avoir à tout refaire.

ZOMBI_20150823215403

Sans U la fête est moins folle

Un détail qui a son importance, car dans Zombi il n’y a pas de game over. En cas de mort, le joueur repart de l’abri, avec un nouveau personnage. Un peu à la manière d’un Dark Souls dans le concept, tout le matériel porté par l’ancien avatar se trouve encore dans le sac à dos que l’on peut récupérer en tuant notre ancien avatar devenu un zombi à son tour. Si le joueur vient à mourir avant d’avoir récupéré son sac à dos, les objets qu’il contenait sont répartis de manière aléatoire sur la carte et le joueur devra partir en exploration s’il veut tout retrouver (il est possible de les localiser sommairement à l’aide des moniteurs présents dans l’abri). Le concept du Die and retry est ici parfaitement maîtrisé avec des ressources ultra limitées qui poussent à franchement faire attention à son stock avant de prendre la moindre décision et être dur de ne pas faire un choix qui nous fera mourir lamentablement trente secondes plus tard. On réfléchira ainsi à deux fois avant d’utiliser une arme à feu pour se débarrasser des zombis en préférant les attirer un à un pour les tuer à l’arme de mêlée de même que l’on fera attention de pas se ruer sur le moindre morceau de nourriture dès que l’on aura perdu quelques points de vie.

Le sac à dos et son contenu deviennent alors nos plus précieux amis et la prudence devient la meilleure approche envisageable ce qui renforce totalement l’immersion du joueur. Une immersion accentuée par cette volonté de ne pas faire du joueur un super héros ou un survivant hors pair comme on peut en avoir l’habitude de nos jours. Il faut généralement plus d’un coup pour se débarrasser d’un zombi (ce qui rend les rencontres multiples encore plus intéressantes) et un geste raté se soldera systématiquement par des dégêts dévastateurs. Non seulement il ne faut pas plus de 4 ou 5 coups pour mourir mais si par malheur un zombi venait à nous attraper c’est la mort assurée puisque aucun mouvement n’est disponible pour se sortir de cette mauvaise situation.

Malheureusement, parce qu’ils sont finalement assez répétitifs, les combats finissent par lasser. Ne disposant que d’un seul coup (et d’un finish par l’intermédiaire d’un QTE), on enchaîne les zombis toujours de la même façon et le manque de stratégie d’approche se fait rapidement pesant. Surtout quand le level design se montre aussi paresseux et qu’il est très facile de tromper les zombis pour les aligner l’un derrière l’autre sagement, histoire de massacrer son petit monde en toute tranquillité. Et ce n’est pas l’utilisation hasardeuse des rares cocktails molotov ou des grenades qui rendra la chose plus excitante, surtout quand on finit par se blesser les trois quart du temps à cause du système de visée catastrophique.

Et puisqu’on en est au chapitre des regrets, il faut se rendre également à l’évidence que le jeu a beaucoup perdu avec la disparition du pad de la Wii U. Tout ce qui se faisait par l’intermédiaire de cet accessoire (regarder la carte, le contenu du sac à dos, la fouille des cadavres etc) et qui nous obligeait à quitter les yeux de l’écran revêt ici un caractère beaucoup plus classique qui nuit indéniablement à la tension globale lors de ces actions. En ne quittant plus l’écran des yeux on garde plus facilement du coin de l’œil ce qui se passe autour de nous ce qui, évidemment, diminue considérablement la sensation de vulnérabilité qui était bien présente sur la version Wii U.

ZOMBI_20150823215653 ZOMBI_20150823220045 ZOMBI_20150822094314

Une perte que l’on peut toutefois comprendre, les supports visés par ce portage ne proposant que peu d’alternatives au gamepad de la Wii. On ne peut tout de même pas s’empêcher de penser qu’avec un peu d’ambition (qui a dit motivation ?) le studio aurait pu proposer une application dédiée sur tablette pour le PC et la One, et sur PSVita pour la PlayStation 4. Encore aurait-il fallu que le studio en charge du développement de cette version ait envie de faire un peu plus que le minimum syndical. Difficile en revanche de trouver la moindre excuse pour la suppression du mode multijoueur qui ne fait que renforcer, si besoin était, cette sensation d’un portage fait à la va vite sans la moindre envie de bien faire derrière. Une disparition qui résume l’expérience finale à une aventure solo parfois sympathique mais globalement terne qui s’essouffle malheureusement trop vite malgré de bonnes idées de départ. Et ce n’est pas les quelques ajouts spécifiques à cette version comme la pelle ou les skins pour la batte de cricket qui réussiront à gommer tous les défauts de ce portage minimaliste dont on se serait finalement bien passé.


Difficile de ne pas être déçu face à ce portage de ZombiU qui perpétue la tradition du portage fait à la va vite, sans le moindre effort ni l’envie de faire les choses proprement. Disponible très peu de temps après son annonce, il fallait se douter que le jeu n’aurait clairement pas le temps de se faire une seconde jeunesse et ce test nous le prouve malheureusement. Avec sa technique dépassée qui aurait mérité une vraie refonte, son gameplay orphelin du gamepad de la Wii U et le mode multijoueur supprimé sans aucune forme de procès, on a bien du mal à s’enthousiasmer plus que ça pour ce rogue like atypique pourtant pas avare en bonnes idées. Les amateurs du genre Zombi y trouveront toutefois de quoi passer quelques bonnes heures malgré un challenge pas très relevé.
Zombi

Zombi

Les plus
  • L'ambiance sonore
  • Le Die and Retry bien intégré
  • Quelques passages mémorables
Les moins
  • Les bugs un peu partout
  • Portage vraiment flemmard
  • Le scénario franchement bidon
  • Le gamepad Wii U mal remplacé
  • Le mode versus passé à la trappe
4 10